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1902, catastrophe majeure
Index de l'article
1902, catastrophe majeure
Chronologie
La non évacuation
Les raisons du 30 août
Les scientifiques
Récits de survivants
La reconstruction
Ruines hantées...
 

La non évacuation

Peu après la catastrophe du 8 mai 1902, beaucoup d'histoires ont circulé attribuant la responsabilité du désastre au gouverneur Mouttet. Il aurait notamment refusé l'évacuation de Saint-Pierre à cause de la tenue d'élections législatives prévues le 11 mai 1902. L'historien Leo Ursulet (voir la bibliographie pour les références) a récemment démontré combien cette théorie est erronéee et politiquement motivée.

La population de Saint-Pierre et les autorités locales n'ont pas réagi à la menace, car les dangers que représentait la montagne Pelée étaient méconnus à cette époque. Il n'y avait pas de volcanologue dans l'île, et la seule éruption utilisée comme référence était celle de 1851-1852. Il s'était agit d'une éruption phréatique qui avait projeté de la vapeur et de la cendre, sans provoquer de dégât.

Avec la montée en puissance des phénomènes éruptifs spéctaculaires, et pour répondre aux inquiétudes grandissantes, le gouverneur a nommé une "Commission du Volcan" composées des scientifiques les plus érudits disponibles en Martinique : des médecins, pharmaciens, professeurs de sciences... La première réunion de travail de cette commission s'est tenue dans la soirée du 7 mai, et les conclusions de la commission publiées le matin du 8 mai, peuvent être interprétées aujourd'hui comme une erreur tragique :

La commission responsable de l'étude des phénomènes volcaniques de la montagne Pelée s'est réunie hier soir, 7 mai, sous la présidence du Gouverneur. Après une analyse approfondie des faits, la commission déclare que :
1° tous les phénomènes produits jusqu'à ce jour n'ont rien d'anormal et ils sont au contraire identiques aux phénomènes observés dans tous les autres volcans.
2° les cratères du volcan étant largement ouverts, l'expansion des vapeurs et des boues doit se continuer comme elle s'est déjà produite sans provoquer de tremblements de terre ni de projection de roches éruptives.
3°la position relative des cratères et des vallées débouchant vers la mer permet d'affirmer que la sécurité de Saint-Pierre reste entière..

Bien évidemment, certaines personnes ont été effrayées par les phénomènes précurseurs qui se sont déroulés entre avril et le 7 mai 1902 ; des familles ont ainsi préféré quitter la région de Saint-Pierre. Ces évacuations spontannées ont été cependant très limitées. Les statistiques des mouvements des bateaux de Saint-Pierre le 8 mai 1902- un jeudi de l'ascension, fête religieuse fériée-- montrent qu'il y avait davantage de personnes arrivant à St. Pierre que de personnes quittant la ville !...

Le récit du capitaine Leboffe du voilier italien Orsolina (récit rapporté par Kennan par exemple) tend à prouver que la population de St. Pierre aurait pu être sauvée si seulement elle disposait de connaissances sur les volcans explosifs. Le capitaine italien était originaire de Naples, et connaissait donc très bien le Vésuve. C'est en toute hâte qu'il a préféré quitter Saint-Pierre, le 7 mai, sans même effectuer les formalités de douanes, prévenant que "le Vésuve avait la même apparence que la montagne Pelée, Naples aurait été évacuée"..

Tous les membres de la "commission du volcan" ayant participé à la réunion du 7 mai sont décédés dans la catastrophe le jour suivant, y compris le Gouverneur et son épouse.