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L'éruption de 1851
Index de l'article
L'éruption de 1851
Le cratère actif
Interprétation erronnée

Les manifestations éruptives vont décroître progressivement pour disparaître au cours de l'année 1852. Cependant, les conclusions de la commission scientifique laissent perplexe ; elles expliquent en partie les réactions qui ont conduit au drame de 1902.

Ce que nous pouvons affirmer :

C'est que l'éruption du 5 août a été un événement tout local, borné cette fois à la ravine dite Rivière-Claire, et dont les effets ne se font voir que dans une ère de 8 à 9 cents mètres au plus.

(...) Que les cendres ou boues sont les seules matières rejetées par le volcan. Que nous n'avons trouvé ni laves ni roches même de la plus petite dimension qui pussent être rapportés à l'éruption. Que la constitution géologique de la Montagne-Pelée faite rapidement il est vrai, et avec des connaissances bornées, n'a pas fait voir de coulées de laves. (...). Ces laves existent surtout dans le voisinage des volcans qui vomissent du feu.

Que cette constitution géologique de la Montagne-Pelée porte à penser que les éruptions précédentes dont cette Montagne a pu être le siège (éruptions dont on trouve au moins deux cratères, l'étang sec et le lac actuel.) ont dû être de la même nature que celle du 5 août. Que tout atteste que ce volcan doit être rangé au nombre des volcans de cendres et de boue et non des volcans de feu.

(...)
Que la Montagne-Pelée examinée dans tous les sens n'a présenté ni fentes, ni éboulement, ni déplacement des eaux, que par conséquent l'action de l'éruption du 5 août a été très circonscrite.
Que la ville de St.-Pierre située à plus de 10 kilomètres et le bourg du Prêcheur à 7 kilomètres ne paraissent avoir rien à redouter des éruptions même beaucoup plus considérables que celle qui vient d'avoir lieu. Que rien dans le sol sur lequel ils reposent n'indique de grands bouleversements : que pour atteindre l'habitation Ruffin et l'habitation Eynard qui sont les plus proches des bouches il faudrait supposer un désordre bien autrement important que celui qui a existé. Que les matières vomies par les bouches actuelles n'ont pas atteint dans le voisinage même de ces bouches une hauteur de plus d'un mètre ; qu'elles trouvent par la pente générale des lieux et par le creusement de la ravine de la Rivière-Blanche un écoulement naturel dans le lit de cette rivière qui les porte à la mer. Aussi les cultivateurs des habitations qui avaient fui dans la première surprise excitée par l'éruption, ont depuis regagné leurs demeures, et se livrent à leurs travaux, sans faire attention aux détonations qui ont lieu de temps en temps, non plus qu'à l'odeur d'hydrogène sulfuré qui se fait sentir continuellement.

(...)
Donc en résumé le volcan de la Montagne-Pelée ne parait devoir être qu'une curiosité de plus ajoutée à l'histoire naturelle de notre Martinique, curiosité que les étrangers voudront visiter et qui par l'industrie des habitants peut-être une source de santé et de richesse. Par un temps calme les navires qui arrivent de France et qui voyent onduler au loin ce long panache de fumée blanche, qui s'élève droit vers le ciel, doivent trouver que c'est une décoration pittoresque ajoutée au pays et le complément qui manquait à la majesté de notre vieille Montagne-Pelée.

Cette interprétation sera lourde de conséquences près de 50 ans plus tard, puisqu'elle confortera nombre d'habitants de Saint-Pierre et de la région Nord dans un sentiment illusoire de sécurité.